École de soudure en usine : ce que la méthode Efinor à Cherbourg apprend aux ateliers

À Cherbourg, le chaudronnier Efinor forme une partie de ses soudeurs dans sa propre usine, puis fait valider leur qualification par un organisme extérieur. Une réponse concrète à un métier en tension, alors que l’entreprise annonce jusqu’à 250 embauches en cinq ans.

En bref
  • Efinor prévoit 50 à 80 % de salariés en plus en cinq ans, selon sa direction.
  • L’école interne fait pratiquer dans l’usine, sous l’œil de soudeurs expérimentés.
  • La qualification reste validée par un organisme extérieur, pas par l’atelier.

Qui est Efinor et pourquoi recrute-t-elle autant ? #

Installée sur la base navale de Cherbourg depuis 1988, Efinor travaille le métal pour la construction navale, la défense et le nucléaire. Tendance Ouest, qui a suivi la visite d’Hervé Morin, président de la Région Normandie, le 15 octobre, rapporte qu’elle a été rachetée il y a environ un an par le groupe M et qu’elle a depuis investi un million d’euros dans ses infrastructures.

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Le carnet de charge explique le besoin de bras. La construction navale pèse un tiers du chiffre d’affaires, avec des navires d’une vingtaine de mètres souvent destinés à l’export. Une équipe intervient à Flamanville sur l’arrêt de l’EPR, et une trentaine de personnes réalisent à Cherbourg des maquettes de piscines de refroidissement pour le programme EPR2.

« Les projets industriels nous amènent sur plusieurs décennies. Il faut que l’entreprise soit encore là dans 30 ans, donc on a besoin de former », résume le directeur général, Olivier Baron.

Que valent les chiffres annoncés ? #

La direction parle de 50 à 80 % d’effectifs supplémentaires en cinq ans, « soit jusqu’à 250 embauches ». Le Revenu précise que le site emploie plus de 250 personnes, dont une centaine de chaudronniers-soudeurs.

Il faut lire ce total comme un plafond, et comme une prévision d’entreprise. Une hausse de 80 % sur 250 salariés donne 200 postes nets : l’écart avec les 250 embauches n’est pas détaillé par les articles. Rien n’indique non plus la part réservée aux soudeurs dans ce volume, ni le calendrier année par année.

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Comment fonctionne une école de soudure en usine ? #

Le principe décrit par Efinor tient en trois temps. Le salarié s’entraîne sur place, des soudeurs expérimentés suivent ses progrès, puis un organisme vient valider la qualification quand l’encadrement le juge prêt. Dans un box de l’atelier, un stagiaire s’exerce ainsi à répliquer une pièce de sous-marin : s’il réussit, il pourra travailler comme sous-traitant d’Efinor pour Naval Group.

L’intérêt pour un atelier saute aux yeux. On forme sur les matériaux, les positions et les pièces du quotidien, pas sur un coupon générique sans rapport avec la production. Le revers, c’est le temps immobilisé : un soudeur confirmé qui encadre soude moins pendant ce temps-là, et un box d’entraînement occupe de la place et consomme gaz, métal d’apport et éprouvettes.

L’école ne suffit d’ailleurs pas à elle seule. Efinor recrute aussi des jeunes sortis des écoles de soudure locales, des profils expérimentés et des personnes en reconversion, et 10 % de ses effectifs viennent de l’alternance, d’après Tendance Ouest.

Pourquoi la validation passe-t-elle par un tiers ? #

Parce qu’un soudeur n’est pas qualifié « en général », mais sur un cadre d’épreuve précis. Pour les aciers, la référence courante est la norme NF EN ISO 9606-1. La fiche RS5674 de France Compétences, dont l’enregistrement a pris fin en 2022 mais qui décrit bien la mécanique, évoque des contrôles destructifs et non destructifs de l’éprouvette par un organisme tierce partie.

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Cette fiche mentionne une validité de trois ans. Elle prévoit aussi, dans les six derniers mois, le contrôle de deux soudures reproduisant les conditions de l’épreuve initiale, avec enregistrement des résultats. Pour un cas réel, c’est le texte de la norme en vigueur et l’organisme certificateur qui font foi.

Ce qu’un petit atelier peut en retenir #

Une PME n’ouvrira pas une école, mais la méthode se réduit bien. Un poste dédié aux essais, un soudeur référent identifié et un planning de qualification tenu à jour couvrent déjà l’essentiel. Le tableau de suivi est sans doute le plus rentable : une qualification qui expire en plein chantier coûte plus cher qu’un rappel posé six mois à l’avance.

Reste une limite qu’Efinor ne maîtrise pas. Deux navires destinés à des plateformes offshore d’Abou Dabi attendent à Cherbourg depuis le blocage du détroit d’Ormuz : « on n’a pas encore de solution sur le papier », regrette le dirigeant. Former pour trente ans n’empêche pas de dépendre du calendrier du monde.

Questions fréquentes #

Une école interne délivre-t-elle la qualification ?

Non, dans le cas décrit à Cherbourg : l’entreprise prépare le soudeur, puis fait venir un organisme pour valider la qualification.

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Pourquoi parle-t-on de métier en tension ?

Le terme est employé par Tendance Ouest : les candidats manquent face aux besoins. Le Revenu évoque de son côté une pénurie de soudeurs.

Une qualification de soudeur est-elle définitive ?

Non. La fiche de France Compétences citée plus haut indique une validité de trois ans, avec un contrôle de soudures avant l’échéance pour la renouveler.

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